Il existe deux chauffages électriques, et on les confond tout le temps. Le premier est un radiateur branché au mur, qui chauffe la pièce où il se trouve. Le second est une chaudière électrique installée au sous-sol, qui chauffe de l’eau et l’envoie dans des radiateurs, exactement comme le ferait une chaudière à gaz. Ce guide parle du second, parce que c’est celui qu’on trouve ici, et parce que sa situation est bien plus favorable que ce que la plupart des propriétaires imaginent.
Deux machines, deux budgets, deux chantiers
Le radiateur électrique mural transforme chaque kilowattheure en autant de chaleur, dans la pièce, sans tuyaux ni circuit. Le remplacer par une pompe à chaleur suppose donc de créer tout un réseau d’eau chaude dans un logement habité : percements, saignées, radiateurs neufs. C’est un chantier lourd. La chaudière électrique centrale, elle, chauffe déjà de l’eau qui circule déjà dans des tuyaux déjà posés. Tout le coûteux existe. Le confondre avec l’autre cas conduit à des devis trois fois trop élevés et à des projets abandonnés pour rien.
Cette distinction n’est pas théorique dans notre périmètre. Le chauffage électrique central concerne 1'282 bâtiments d’habitation, alors que le chauffage électrique direct n’en concerne que 105 sur les 23'901 recensés. Autrement dit : ici, quand on parle d’électricité pour chauffer, il s’agit presque toujours d’une chaudière avec des radiateurs à eau. Les argumentaires copiés d’autres régions, tout entiers construits sur les radiateurs muraux, tombent à côté du sujet.
Comment savoir lequel vous avez
Descendez au local technique. Si vous y trouvez un coffret ou une cuve raccordée à de gros câbles, sans conduit de fumée, sans citerne et sans compteur de gaz, mais avec des départs de tuyaux vers l’étage, vous avez une chaudière électrique centrale. Les radiateurs de l’appartement sont alors traversés par de l’eau : ils sont lourds, tièdes en bas et chauds en haut, et ils ont une petite molette de réglage. Un radiateur électrique direct, au contraire, n’est relié à rien d’autre qu’une prise ou une sortie de câble.
Autre indice utile : la facture. Un chauffage central électrique consomme surtout la nuit, et beaucoup de bâtiments équipés ainsi disposent d’un compteur avec deux tarifs. Si vous ne trouvez pas, demandez au concierge ou à la gérance ; sur un immeuble, l’information figure dans le décompte de chauffage. Ce point mérite cinq minutes, parce que toute la suite en dépend.
Où se trouvent ces bâtiments
Ils ne sont pas répartis au hasard. Le chauffage électrique central est concentré sur la couronne nord-ouest de l’agglomération : Cheseaux-sur-Lausanne en tête, puis Bussigny, Villars-Sainte-Croix et Crissier, avec Jouxtens-Mézery et Romanel-sur-Lausanne juste derrière. Cela correspond à des quartiers construits à une époque où l’électricité paraissait la solution d’avenir, et où le gaz n’avait pas encore été amené.
Ce n’est pas un détail de statistique. Dans ces communes, les entreprises connaissent le sujet, les voisins ont souvent déjà fait le pas, et les configurations se ressemblent d’une maison à l’autre. Un projet y est plus rapide à chiffrer qu’ailleurs. Le revers est que la demande y est forte : il vaut mieux s’y prendre au printemps qu’en novembre.
La bonne nouvelle : le circuit d’eau est déjà là
Une pompe à chaleur air-eau se raccorde sur le circuit existant. Elle prend la place de la chaudière électrique, se branche sur les mêmes départs, et alimente les mêmes radiateurs. Il n’y a ni conduit de fumée à condamner, ni citerne à faire vider et découper, ni local à dépolluer : le chantier est souvent plus simple que le remplacement d’une installation à mazout. Notre page sur le fonctionnement de l’air-eau détaille ce que la machine remplace exactement.
Le gain est ensuite physique, et il n’a rien de commercial : une résistance électrique restitue autant de chaleur que d’électricité consommée, jamais plus. Une pompe à chaleur, elle, va chercher dehors une part de la chaleur qu’elle livre, et restitue donc plusieurs fois l’électricité qu’elle utilise. C’est la seule raison pour laquelle ce remplacement a du sens, et elle suffit. Quand la place manque à l’extérieur, la sonde plantée dans le sol reste une option, plus chère à poser mais silencieuse.
L’échéance de 2033, dite exactement
On lit souvent que les chauffages électriques seront interdits dans le canton : c’est faux, et il vaut la peine de le dire proprement. Le décret cantonal impose d’assainir les installations de chauffage et de production d’eau chaude électriques d’ici au 1er janvier 2033. C’est une obligation de remplacer à terme, pas une interdiction de posséder, et elle vise le bâtiment, pas l’occupant. La nuance change la façon dont on prépare le dossier, et elle évite de céder à un vendeur pressé.
Deuxième précision, tout aussi importante : la directive qui devait organiser cet assainissement est suspendue à ce jour. Le canton ne délivre pour l’instant ni attestation, ni dérogation, ni prolongation, et les procédures ne sont pas en ligne. L’échéance, elle, continue de courir. La conduite à tenir est donc simple : préparer son projet normalement, sans compter sur un aménagement de dernière minute qui n’existe pas encore.
Ce qui se vérifie avant de commander
Première vérification : la température dont vos radiateurs ont besoin par grand froid. Un circuit conçu pour une chaudière électrique fonctionne parfois à haute température, et c’est ce paramètre qui décide du modèle et du rendement futur. Cela se mesure sur l’installation, un jour de froid, pas sur un catalogue. Le sujet est développé dans notre guide sur les radiateurs existants.
Deuxième vérification : la place et le bruit. L’appareil extérieur doit respecter des distances par rapport à la fenêtre du local le plus exposé du voisinage, et ces distances vont du simple au double selon la zone où vous vous trouvez. Elles se vérifient sur une carte officielle avant de choisir l’emplacement, et non après. Le détail figure dans le guide des distances au voisin. Troisième vérification : la puissance électrique disponible, souvent généreuse dans ces bâtiments, mais à faire contrôler.
L’eau chaude, le second poste
Dans beaucoup de ces maisons, l’eau chaude sanitaire est produite par un ballon électrique, parfois aussi ancien que la chaudière. Deux chemins existent : le raccorder à la nouvelle pompe à chaleur, ou installer un appareil dédié qui prend la chaleur dans l’air du local. Le choix dépend du volume d’eau chaude consommé et de la place au sous-sol. Notre page sur le chauffe-eau thermodynamique compare les deux, et ce poste se décide en même temps que le chauffage, jamais après.
Les démarches, dans l’ordre
Comme pour n’importe quel chauffage, l’installation d’un appareil extérieur passe par une annonce à la commune. La municipalité dispose de trente jours pour décider si le projet nécessite une autorisation, et les travaux ne peuvent pas commencer sans sa décision. À Lausanne s’ajoutent un émolument de 150 francs depuis le 1er novembre 2025 et un diagnostic amiante pour les bâtiments antérieurs à 1991 ; les autres communes du périmètre ont leurs propres guichets. Tout est expliqué dans notre guide des trente jours.
Si vous êtes en appartement ou en immeuble, la puissance à installer se calcule sur le bâtiment entier et pas sur votre logement : c’est l’erreur la plus répandue, et elle coûte cher. Nous l’avons traitée dans le guide des erreurs de dimensionnement. Dans tous les cas, faites établir le calcul de puissance avant de comparer des devis : sans lui, deux offres ne portent pas sur la même machine, et la comparaison n’a aucun sens.
Dernier cas de figure, fréquent dans ces quartiers : la chaudière électrique dessert plusieurs appartements et appartient à une copropriété. Le remplacement se vote alors en assemblée, et la majorité à réunir dépend de la qualification des travaux, qui n’est pas la même pour une machine en fin de vie et pour une machine qui fonctionne encore. Le dossier se prépare une saison à l’avance, ordre du jour compris. Nous avons décrit la marche à suivre dans le guide du vote en copropriété.